Laurent Gailhac - Artiste peintre

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LA DIVINE COMEDIE

Acrylique sur toile 30 x 360 cm / Prix 1200 euros

Série : "Les Gentils Géants Fous" (Tableaux et textes  crées de 1992 à 1994

Textes de la série "Les gentils Géants Fous"

Chaque tableau à son texte à lui et la série constitue une histoire à part entière.Il m'aura fallu , à l'époque , deux ans et demi de travail. Bon voyage dans l'épopée des Gentils géants fous

LE CHOC PARISIEN :

Je découvrais Paris : Mes yeux, nourris de grands espaces, cherchaient au loin une échappatoire. Si le ciel était d'un bleu profond, de gros nuages blancs me cachaient l'horizon. L'atmosphère était surréaliste et ma rêverie pastorale venait buter sur cette tour noire et provoquante qui me tournait le dos. Elle occupait et agressait ma rétine de toute sa froideur. Son imposante architecture avait des airs de domination et elle semblait me dire : Je suis la reine de ces lieux et je suis intouchable.

J'étais seul et perdu dans cette ville où l'être n'a d'humain que le nom, où la folie constructive et anarchique est telle que l'homme, à son échelle, ne semble compter que comme faire-valoir des monuments qu'il érige........

LE SQUARE :

Je progressais vers ma quête d'espace vital  lorsque, au détour d'un petit square ombragé, je retrouvais le bloc de béton noir qui me regardait de toute sa hauteur. Le ciel se chargeait de nuages et les petits immeubles croulaient sous le joug de ce monstre, symbole de l'inspiration moderne.

Petit provincial habitué à  vivre sous un toit de ciel bleu, je butais sans cesse sur ces tours raides et tristes comme des pieux. Mon besoin de clarté, de beauté et de rêves s'écrasait, comme un oiseau perdu, sur les vitres des grattes-ciel qui gardaient ce lieu maudit.

Il fallait que mon imagination rattrape et gomme cette triste réalité. Si la ville représentait LE LAID, j'allais créer LE BEAU. Si des monstres semblaient hanter la ville, j'allais inventer une armée de Géants qui feraient le bien.......

NAISSANCE D'UN GEANT :

Je voguais du rêve à la réalité en regardant l'Ile de la citée. 

Les habitations incarnaient tant cet esprit et cette beauté perdu. J'aurais souhaité que leurs histoires continuent, que leurs âmes ressurgissent.

Je voguais de la réalité au rêve.

De ces nébulosités menaçantes, un géant naquit et alors qu'il dansait dans le ciel de Paris, des êtres incroyables apparaissaient. J'étais tout à coup doté d'un pouvoir de vision unique. Ils étaient tous là, les acteurs fous de notre dramatique : Représentants du bien comme du mal, pêcheur innocent, clochard perdu, penseur déçu, riche marchand.

De ce magma fantasmagorique, il fallait discerner les bons des mauvais et sous la baguette du chef d'orchestre magique, la symphonie de notre destin m'emportait.....

PIGALLE :

Au hasard de mon chemin initiatique, je me retrouvais dans le quartier du sexe mythique. Les ailes du désir de ce moulin rouge, brisées, brassaient un air lourd et vicié. Les cabarets enfumés d'où s'échappaient naguère des gloussements polissons, avaient été chassés par les partisans de la restauration rapide Américaine. L'âme joyeuse avait fui. Les travestis immobiliers étaient devenus les nouveaux promoteurs du sexe, les taxis, des rabatteurs pour touristes obèses.

Les belles courtisanes se fanaient et la reine du cancan implorait de toute ses forces une délivrance venue du ciel, tandis qu'elle brûlait sur le bucher de nos fantasmes.

L'Apocalypse était proche !!!...

LES QUAIS DE LA RAPEE :

Sur les bords de Seine se dessinaient d'étranges scènes. Dans cette divine comédie, des esprits sataniques côtoyaient mon esprit torturé et je voyais s'affronter, dans une joute diabolique, des métros fous, bondés d'âmes perdues. Les buildings se pâmaient sur l'autre rive et reflétaient sur les eaux souillées, leur provocante richesse. Un être salvateur libérait, de leurs oubliettes, une armée de gentils.

Le combat allait commencer. Le salut dépendait de ceux -là même que l'on avait rejeté. Il fallait faire vite. La ville croupissait sous la bétise et grouillait de métastases destructrices. Le ciel se voilait. j'étais loin de mon village ensoleillé, loin de mes rêves et de mon idéal.

Le fruit de mon imagination serait-il assez fort pour lutter contre ce mal qui nous rongeait, assez puissant pour ouvrir les yeux des damnés qui récoltaient les foudres de l'enfer, avant même d'avoir cherché à les éviter ? ....

COMBAT POUR UNE TOUR :

Sur ce champ de bataille, la nuit était tombée. De Gentils Géants Fous s'activaient, dans la pénombre, à sauver notre monde. Nous étions au point d'équilibre effrayant où le futur se conjuguerait en enfer ou au paradis.

La tour de béton noire, dans un rayon de lumière divine, était condamnée à reconstruire l'horizon, qu'elle n'avait cessé d'obscurcir. De faux diables jouaient de toute leur persuasion pour convaincre la dame de fer de les rejoindre dans leur combat.

Celle qui m'avait tout d'abord effrayé, dans sa robe de métal, allait-elle céder aux chants des sirènes du mal ou utiliser toute sa puissance à la défense du bien et de la beauté ?.....

MONTMARTRE :

Au pied du dôme blanc, illuminé comme un objet rare et précieux, le tertre s'enivrait de ses talents perdus. La nuit était propice, pour tous, à maints débordements. Sur les sentiers abrupts, les touristes naïfs se gorgeaient de peinture. Repus, titubants d'artifices, portefeuille en guis de vertu, ils rencontraient sur le chemin de croix, tel des Van Gogh en herbe, des artistes factices ( tirelire en bandoulière, pinceau gras, sans manière ). Il y avait de quoi, Dali, sortir de terre !

Fuyez, tristes génies maltraités, feux-follets torturés aux palettes divines. Mont- de - piété pour  vedettes friquées, tu te vends, tu te gâches.

Mais cette nuit où mon esprit culminait, il faudrait bien exorciser. D'autres Géants venaient, de feu armés. Pour qu'enfin repose en paix le labeur de nos pères, ils distribueraient une dernière fois, dans les rues de mon coeur, la divine lumière.....

L'ARCHE DES GEANTS :

Que dire de ce jour où tout à basculé ? La ville polluée, impassible, se révélait sourde à nos idées. Les damnés pullulaient. Le mal se propageait. nous étions acculés, las, repoussés sur cette ile de paix que le feu encerclait. Mais dans ce matin pâle, un grondement lointain, sorti de la grisaille, nous parla : " Appareillez, Appareillez ! "

Le message était vite interprété. Les Géants affluaient, construisant sans délai, dans une exaltation indescriptible, une arche salvatrice. Les ponts nous serviraient de rames. Il fallait vite rassembler les âmes et les objets qui formeraient le monde de demain. Tout ce qu'il y avait de bon et de beau autour de nous fut installé, arrimé. Quelque chose allait se passer.

Le ciel, sur l'autre rive, s'assombrissait. La lumière se concentrait sur notre destinée et dans un sursaut d'amour incontrôlé, j'allais secourir, dans ce monde décoloré, ma reine de toujours.

La vague arrivait. Nous étions presque prêts. Nous regardions tout autour les eaux tourbillonner. Les diables, comme des rats traqués, sortaient de leurs cachettes, encore fiers et provocants, la fourche brandie comme leur organe reproducteur. Mais malades. malades de leurs idées, de leur luxure, de leur fraude, de leur violence.

La déferlante soulevait notre poupe. Chacun s'accrochait à  son poste. Le gouvernail était dans l'axe idéal, les navigateurs attentifs, les passagers en sécurité. Au sud, la ville, dans le chaos, sombrait. De longues flammes venaient lécher le plafond bas des nuées d'apocalypse. Un Géant fou revenait des frontières de l'enfer, vêtements en feu, pour prendre place sur le vaisseau de l'espérance. Tout s'accélerait. L'arche s'arracha de son socle dans un craquement doux et agréable. Elle semblait portée au dessus du déluge qui engloutissait la capitale. tous aperçurent, au dernier moment, les diables enfiévrés, fatigués ou battus qui allaient disparaître à jamais.

Que cette ville semblait belle tout à coup, illuminée de mille feux rougeoyants, aux étincelles blanches, jaunes et bleues ! Je crus voir dans les yeux des envoûtés une supplique bouleversante. Certains auraient peut-être saisi nos mains si nous les leurs avions tendues.

Nous glissions sous les jambes de la tour de fer qui nous saluait. Elle serait la gardienne de ces lieux en notre absence, le temps d'une renaissance....

RENAISSANCE :

Lorsque l'aurore aux doigts de fée se leva sur la ville, je surpris, jouant dans les décombres, les survivants de l'apocalypse. La vague avait emporté dans son écume divine tout esprit maléfique. Des pierres blanchies triomphaient au milieu d'une nature renaissante. Tout était calme, beauté et bonheur retrouvés.

Après l'enfer, le purgatoire s'achevait. Les Champs-Elysées reprenaient leur place mythologique dans un paradis tant rêvé. L'herbe grasse et les arbres touffus embrassaient, de toute leur verdure, un monde nouveau où les GENTILS n'auraient plus à devenir des Géants Fous pour faire régner beauté et amour sur terre.